Tradition et début d’année obligent : nous revoici à faire le tour des galeries suisses, toujours plus nombreuses à la BRAFA ; pour cette 64è édition de la foire, il y en a huit.

Notre première étape nous plonge au coeur de l’antiquité classique, chez Phoenix Ancient Art de Genève...

Ayant constaté que les Belges sont des amateurs d’art éclairé, Phoenix est présent à la BRAFA depuis 14 ans. La première pièce commentée est vraiment ancienne : il s’agit d’une statuette néolithique de femme enceinte, datée du 6ème millénaire avant JC dans les Balkans, dont la parenté avec les oeuvres du sculpteur roumain contemporain Constantin Brancusi est étonnante.

Une superbe statue romaine d’Hercule revêtu de la coiffe du dieu de la rivière Achelous, assez recherchée, est davantage le reflet des priorités de la maison.

A la Galerie von Vertes de Zurich, nouvelle venue, l’accent se porte sur les peintures des 20è et 21è siècles, d’Odilon Redon et Alexej von Jawlensky à l’Allemand Sigmar Polke et à l’Anglais Damien Hirst dont les oeuvres sont faites de ronds de couleurs sur fond coquille d’oeuf... les points n’étant parfois qu’un et demi à occuper la toile.

Aux cimaises également, la Japonaise Yayoi Kusama dont les hallucinations nourrissent son concept de “self-obliteration” et l’incitent à peindre des motifs simples et répétitifs tels que des taches, des fleurettes rouges, des feuilles vertes à l’infini... Une oeuvre où le végétal est omniprésent, une référence à son enfance passée à travailler dans les champs de ses parents. Elle s’installe à New York où ses happenings salés feront la une dans les années ‘60... Revenue au Japon en 1973, elle vit depuis plus de trente ans dans un hôpital psychiatrique à Tokyo.

Fidèle participante, Marie-Laure Rondeau de la Galerie Grand-Rue propose des gravures collectées au cours du Grand Tour des jeunes Anglais en Europe continentale comme les vues de volcans en éruption ou des dessins format cartes postales. Très originales, deux gravures aquarellées montrent le scientifique suisse Honoré Bénédict de Saussure, lorsqu’il monte au Mont-Blanc et en redescend en 1786.

Une autre spécialité de la galerie, ce sont les dessins “Carcieri”, prisons imaginaires dessinées par GB. Piranesi. Les exemplaires présentés correspondent à un deuxième état car Piranesi aimait retravailler les plaques de cuivre, y ajouter des détails, éclaircir la scène..., ce qui les rend identifiables.

Première participation pour la galerie Simon Studer Art Associés de Genève, dont la palette couvre une large période allant des impressionnistes à l’art moderne et contemporain. En témoignent une gouache de Fernand Léger, une encre de Chine de Jean Dubuffet, un projet plan/dessin/perspective pour l’emballage du Pont-Neuf par Christo et Jeanne-Claude, un relief de Nikki de Saint-Phalle évoquant son enfance violée ou des vases en porcelaine éclatés envahis par des efflorescences d’aluminium, mis en relation avec une gouache géométrique d’Auguste Herbin.

Autre genevoise, la Galerie Bailly affiche sa passion pour l’art des 19è et 20è siècles par une superbe vue de Saint-Paul-de-Vence par Raoul Dufy, un beau Serge Poliakoff - une des vedettes du salon de cette année - ou encore un dessin de nu par Henri Matisse.

Située Grand-Rue, au coeur du vieux Génève, la Galerie Schifferli met l’accent d’une part sur les surréalistes avec des dessins, peintures ou livres, tel “La Poupée” d’Hans Bellmer et, d’autre part, sur le peintre suisse Louis Soutter. Cousin de Le Corbusier, découvert par Jean Dubuffet, Louis Soutter a eu une vie très variée, directeur du département art et design au collège de Colorado Springs pendant six ans, puis violoniste en Suisse romande pendant quinze.

La constante de sa vie, c’est le dessin, dont la période la plus féconde fut celle que Louis Soutter passa dans un hospice pour vieillards indigents à Ballaigues, près de Vallorbe. Proche de l’Art brut dans la mesure où, bien qu’ayant eu une certaine formation, il était très inventif et personnel dans ses techniques d’expression, il a notamment peint avec les doigts. La galerie expose trois de ses dessins dont “Je les dois nourrir”, une grande encre et gouache.

La Galerie Opera, un groupe de galeries présent dans 13 villes dont Genève et Zürich, met l’accent sur l’Espagnol Manolo Valdes, sculpteur et plasticien dont la galerie présente des Ménignes inspirées de Velasquez.

Aussi aux cimaises : deux peintures du Zurichois Andy Denzer qui, relativement classique dans son approche picturale, peint en couches épaisses qu’il divise ensuite en registre parallèle à l’aide de longs coups de brosse.

Dernière galerie visitée : la Galerie Cortesi, une galerie doublement jeune, puisque fondée à Lugano en 2013 et orientée vers l’art des années ‘60 à nos jours.

Elle propose des oeuvres Op art, du Walter Leblanc torsadé, du Gianfranco Pardi ou encore le groupe Zero. Initié à Düsseldorf par Heinz Mack et Otto Piene, ce groupe informel, adepte des expositions limitées à 24h, souhaite renouveler les codes artistiques dans la période de reconstruction de l’après-guerre, de repartir de zéro.

La galerie exposait également quelques oeuvres d’Herman De Vries, un artiste hollandais qui a recours aux pigments naturels des terres pour faire un oeuvre dans la lignée de Rothko.

Merci aux directeurs et animateurs des Galeries suisses de nous avoir commenté l’histoire de leur galerie et quelques oeuvres présentées à leurs cimaises.