Le centenaire du Bauhaus, c’était assurément l’événement artistique de l’année. Célébré en Allemagne, il l’est aussi en Suisse parce que de nombreux Suisses y ont été maîtres ou élèves.

Si Paul Klee a le privilège d’être en permanence exposé et étudié par la Fondation Klee à Berne, deux autres figures helvétiques liées au Bauhaus font l’objet d’une exposition commémorative jusqu’au 2 février 2020 : Johannes Itten au musée des Beaux-Arts de Berne et Max Bill qui se voit dédié une exposition “Max Bill et l’art concret zurichois” à Winterthur.

Les “Artistes suisses au Bauhaus”, c’est un thème proposé et présenté par Paul Soyeur, administrateur de la Chambre et président des Amis du Musée Horta, lors d’une conférence-cocktail.

Le lieu n’a pas été choisi par hasard : l’Institut Bruno Lussato et Marina Fédier est installé dans une villa uccloise conçue par Antoine Pompe, le plus Bauhaus des architectes belges.

Après avoir situé le Bauhaus dans une perspective historique de l’éducation artistique, l’orateur souligne le rôle et l’importance de six artistes suisses, avant, pendant et après le Bauhaus.

Johannes Itten, c’est le maître des couleurs, dont le cercle chromatique et les théories sur les degrés, densités et harmonies des couleurs font toujours autorité. Arrivé au Bauhaus dès son ouverture en 1919, il a donné le cours préparatoire, obligatoire pour tout étudiant, et a assuré la fonction de sous-directeur aux côtés de W. Gropius.

Paul Klee, qui a longtemps hésité entre une carrière de peintre ou de violoniste, va rester au Bauhaus pendant onze ans, avec le titre de maître en peinture. Derrière ses œuvres qui ont parfois quelque chose d’enfantin, il y a beaucoup de réflexions sur la forme, composée de points, de lignes, de surfaces et de couleurs aux degrés de clair-obscur savamment dégradés. Si les nazis vont inscrire certaines de ses œuvres dans l’art dégénéré, Klee aura la satisfaction de voir une grande exposition de ses œuvres récentes au Kunsthaus de Zurich, peu avant sa mort en juin 1940.

D’origine munichoise, Gunta Stölzl va rester douze ans au Bauhaus - cela doit être un record - comme élève d’abord, puis comme maître. Elle sera ainsi la seule femme parmi les maîtres ...à la tête de l’atelier de tissage, bien évidemment. Lorsqu’elle quitte le Bauhaus, elle s’installe à Zurich où, naturalisée suissesse, elle développe son propre atelier jusqu’en 1967.

Hannes Meyer, le successeur de W. Gropius à la tête du Bauhaus, est le “directeur méconnu” ; c’est pourtant lui qui le premier y donne des cours d’architecture, mais ses conceptions trop sociales et ses sympathies marxistes, ne lui valent pas que des amis, au point d’être remercié par la ville de Dessau après seulement deux ans de direction. Il participera ensuite à des projets d’urbanisme en URSS et au Mexique. Sa revanche : en 2017, l’Unesco a ajouté aux sites du Bauhaus de Weimar et Dessau deux bâtiments qu’il a conçus pendant ses années Bauhaus.

Personnalité riche par la diversité de ses talents (de l’architecture à la typographie), Max Bill a été élève au Bauhaus en 1927-1928 où il a - avec beaucoup de profit ! - suivi les cours de J. Albers, P. Klee, W. Kandinsky, L. Moholy-Nagy ou encore H. Meyer. 

A la suite de son passage au Bauhaus, il va développer les théories de l’art concret qu’il appliquera en peinture, sculpture, architecture, typographie ou même design de montre, pour la firme Junghans.

Autre élève suisse, à la carrière bien différente : Hans Fischli s’inscrit au Bauhaus alors qu’il a déjà acquis une formation en dessin d’architecture.

Au Bauhaus, ses créations de motifs pour papiers-peints sont acceptées par la firme Rasch et il fait la connaissance de Max Bill. Sa carrière se fera essentiellement en architecture avec d’innombrables créations de 1933 à 1976 ; en parallèle, il ne cessera jamais de peindre.

La dernière interrogation du conférencier : “Pourquoi une école aussi éphémère que le Bauhaus fait-elle encore rêver les créateurs d’aujourd’hui ? “

Parce que, c’est un grand moment de la culture germanique. Parce que la philosophie du Bauhaus vient au bon moment, celui où la forme s’impose comme élément central de la création. Parce qu’il accélère l’avènement du design. Parce qu’il était ouvert aux femmes. Parce que, vu la liberté des mœurs, un parfum de scandale lui a souvent été associé. Parce que, fermé par les nazis, il apparaît comme un martyr du totalitarisme. 

Mais surtout parce que 33 maîtres y ont enseigné à près de 1.250 élèves ... dont beaucoup se sont exilés aux Etats-Unis ou en Suisse.

Cocktail de nouvel an

Thursday 30 January 2020

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