Le commandant de corps Benedikt Roos, chef de l’armée, l’a récemment révélé : une escadrille de drones d’origine inconnue a survolé au début de l’été une installation militaire suisse, peut-être le Laboratoire d’armes chimiques de Spiez.  La Suisse n’est donc pas épargnée par les effets de la guerre « hybride » à laquelle l’Europe est exposée. Les tensions internationales qui se multiplient, les menaces russes et le repli des Etats-Unis sur eux-mêmes nous touchent directement.
C’est dans ce contexte géopolitique que les électeurs sont appelés à se prononcer le 27 septembre sur la neutralité. L’initiative soumise au peuple vise à inscrire dans la Constitution fédérale une conception rigide de la politique de neutralité. Jusqu’à présent c’est le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale qui sont chargés de prendre des mesures propres à assurer la neutralité de la Suisse. Celle-ci a été, et est toujours, un instrument pour garantir l’indépendance et la sécurité de la Suisse et non une fin en soi. Le Conseil fédéral l’a appliquée avec souplesse, en l’adaptant à l’évolution de la situation internationale. Si l’initiative était adoptée, il en découlerait deux conséquences majeures : 

  1. la Suisse ne pourrait plus se joindre à des sanctions internationales autres que celles décrétées par le Conseil de sécurité, virtuellement paralysé.
  2. Elle ne pourrait plus coopérer dans le domaine de la défense avec l’Union européenne ni avec l’OTAN, avec laquelle elle participe depuis trente ans au Partenariat pour la Paix.

Or la Suisse souhaite au contraire développer sa coopération avec l’Union européenne en matière de défense et de sécurité. C’est le message que les conseillers fédéraux Ignazio Cassis er Martin Pfister ont fait passer à Mme Kaja Kallas, Haute-Représentante pour la politique extérieure et la politique de sécurité de l’UE lors d’une rencontre officielle à Zurich le 5 mars dernier.  C’est aussi ce que demande la Parlement, qui a adopté le 16 juin dernier une motion réclamant l’ouverture de négociations avec l’UE afin que la Suisse puisse participer formellement à la coopération instituée en matière de défense et de sécurité. Ni la majorité du Parlement ni Mme Kallas ne considèrent que la neutralité y ferait obstacle.

 De tout temps et encore aujourd’hui, la neutralité de la Suisse possède une dimension internationale : elle dépend de la perception qu’en ont les autres Étals. Les Puissances qui l’ont accordée lors du Congrès de Vienne en 1815 ont reconnu que la neutralité de la Suisse était « dans les vrais intérêts de l’Europe entière ». Nos pays voisins se sont toujours demandé si la neutralité « permanente et armée » signifiait que la Suisse se battrait pour éviter que son territoire ne soit utilisé contre eux ou si elle constituait une faille dans leur dispositif. En 2022, du fait de l’importance de la place financière suisse, l’UE n‘aurait pas admis que le Conseil fédéral refuse de reprendre les sanctions internationales envers la Russie à la suite de son agression contre l’Ukraine, comme il était brièvement tenté de le faire.

 Le scrutin du 27 septembre 2026 dépasse donc le cadre des débats internes. Il comporte aussi des enjeux importants pour nos partenaires, notamment pour les Etats membres de l’Union européenne, avec lesquels nous partageons une communauté de valeurs et de destin. La Suisse, qui fait déjà tache blanche au milieu de l’Europe, seul État non-membre au cœur du continent, va-t-elle s’isoler encore davantage et faire de sa neutralité un carcan ?  

La coopération avec l’Union européenne est une nécessité stratégique. La Suisse participe déjà à trois opérations de l’UE -en Bosnie-Herzégovine,  au Kosovo et au Mali. D’autres missions de ce genre sont envisagées. Cette coopération est compatible avec la politique de neutralité pragmatique que l’initiative veut saboter.  Au temps des drones, de la guerre cybernétique et des armes de longue portée, alors que l’instabilité et l’insécurité dominent, il y va de la sécurité du pays.

 

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mercredi 14 octobre 2026

au Musée de la Boverie à Liège

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