Editorial du Comité CH-UE
La disruption s’infiltre dans la relation Suisse-UE
Février 2026 - Jamais, au grand jamais, notre monde contemporain a connu de telles ruptures dans sa politique, son économie et sa culture. Au point de se demander si nos valeurs traditionnelles démocratiques continueront à exister. Au centre du débat, un vent de tempête porté par des principes illibéraux et indéfendables. Dans ce maelström et ce cirque médiatique on doit se demander si les projets d’accords bilatéraux entre la Suisse et l’UE pourront demeurer intacts.
Ce paquet d’accords a été approuvé par le Conseil fédéral en décembre 2024 et a reçu un large soutien dans une consultation populaire conduite en 2025. Le Comité Suisse-Union européenne y a participé. (https://www.chambredecommercesuisse.com/multimedia/documents/17618361795ncnGnwZQ670106.pdf https://www.chambredecommercesuisse.com/multimedia/documents/17622470637R2087V6l0z13Ju.pdf ) Demeure encore une signature des accords par la Suisse et l’UE ce printemps, suivie par un rapport explicatif du Conseil fédéral au Parlement. Celui-ci examinera en détail le contenu des accords et leur transposition en droit suisse. Le Parlement devrait terminer ses travaux pour la fin de cette année. Suite à quoi, un référendum devrait avoir lieu au premier semestre de 2027. La forme précise de ce référendum n’est pas encore définie ; seul le Parlement décidera de sa nature : une seule participation du peuple au vote ou peuple et cantons doivent s’exprimer, en double majorité.
Pour davantage corser ce parcours législatif délicat, une initiative populaire ("Pas de Suisse à 10 millions ») sera probablement soumise à un autre référendum en juin de cette année. Tant le Conseil fédéral que le Parlement en recommande le rejet. En effet, si adoptée, cette initiative pourrait déforcer et la structure démographique et l’économie et, en fin de compte, l’investissement. Cette initiative obligerait le gouvernement à restreindre l’immigration et la limiter à 10 millions, avant 2050. Plus spécifiquement, dès le seuil des 9, 5 million atteint, l’initiative requiert la prise de mesures destinées à restreindre rapidement l’immigration. Si ces mesures ne permettaient pas une stabilisation de l’immigration, la Suisse devrait alors dénoncer l’Accord sur la libre circulation des personnes conclu avec l’UE. Ceci pourrait entraîner, à brève échéance une probable rupture de l’ensemble des accords négociés avec la Suisse. Signalons que sous toute probabilité, le chiffre de la population actuelle - environ 9,1 millions - devrait passer à 9,5 millions entre 2030 et 2036 pour atteindre le seuil hypothétique de 10.3 millions en 2050.
A ce stade, deux défis de taille pourraient mettre en danger les accords négociés avec l’UE. Les citoyens et les citoyennes suisses seront appelés à décider ce qu’ils souhaitent pour le futur de leur pays : un Etat neutre, prospère, envié de toutes parts et relié à l’UE par de solides passerelles, sans adhésion à l’UE ou alors, adopter une vision diamétralement différente, solitaire, sans liens globaux avec l’UE, de loin le premier partenaire commercial de la Suisse. La raison, l’impératif de la stabilité de même que le respect que porte l’UE à l’endroit de la Suisse voudraient que les Suisses votent sagement et confirment les liens étroits, pérennes avec l’UE, en dépit de toutes les critiques qu’on peut lui adresser. Le modèle venant d’une Amérique en dérive, en détestation de l’Europe n’offre que peu d’inspiration.
Jean Russotto
Président du Comité CH-UE
